US MarineSS ?
Et un scandale de plus pour les Marines stationnés en Afghanistan. Après la vidéo montrant six d’entre eux urinant sur des cadavres de supposés talibans, voici la photographie des dix hommes de la compagnie Charlie (1er bataillon de reconnaissance), posant fièrement autour d’un drapeau américain et d’une bannière frappée de la double rune « SS ».
« Schutz Staffeln » ou « Sniper Scouts » ?
Comme la plupart des scandales venus écorner l’image de l’armée américaine au cours de la dernière décennie, le Net est encore à l’origine de la révélation : mise en ligne depuis le 10 mai 2011, cette photographie a été expédiée par Taylor Jerome, membre de la compagnie Charlie, au blog créé par le fabricant d’armes Knight’s Armament Company. D’après le Los Angeles Times, ce sont des Marines eux-mêmes qui, devant l’absence de réaction de leur hiérarchie, ont alerté la Military Religious Freedom Foundation, qui s’est chargée de médiatiser l’affaire le 9 février dernier. Si Knight’s Armament Company a bien retiré la photo, celle-ci s’est entre temps multipliée, et les porte-paroles de l’armée ont bien du mal à atténuer l’onde de choc : selon des communiqués officiels, les Marines ont utilisé le drapeau SS en référence à leur spécialité de « Scout Snipers », hors de « toute considération raciale », ce qui justifierait l’absence de sanction disciplinaire. Et, comme pour l’affaire des tortures ou des « Piss Soldiers », cet épisode, dixit le lieutenant-colonel Upton, ne « reflète pas les valeurs du corps des Marines ».
Armée US et croix gammée
Il n’en est pas moins vrai qu’en juillet 2008, le FBI révélait un rapport d’enquête sur la présence d’individus liés à l’extrême-droite militante, suprémacistes blancs, néo-nazis et autres religieux radicaux dans les rangs de l’armée américaine. La police fédérale s’inquiète du risque que représentent des militaires et des vétérans d’extrême droite, à l’image de Timothy McVeigh, qui a combattu dans le Golfe en 1991 avant de perpétrer le sanglant attentat d’Oklahoma City quatre ans plus tard. Or, les hommes issus de ces mouvances radicales se retrouvent aujourd’hui en nombre sensiblement plus élevé parmi les candidats à l’enrôlement militaire qu’avant le 11 septembre, même si leur proportion, selon des documents officiels assez flous, demeurerait « infinitésimale » et dépasserait à peine les 200 individus entre octobre 2001 et mai 2008.
Aux Etats-Unis comme dans la plupart des pays, l’armée est le réceptacle naturel de ces franges extrémistes, tant sur un plan pratique (on y apprend le maniement des armes et l’art de la guerre) qu’idéologique (culte de l’ordre, discipline et recours à la violence) : la présence d’anciens Waffen-SS et d’ex-recrues de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme au sein du corps expéditionnaire dépêché par la République française en Indochine ou en Corée pour « lutter contre le communisme » vient le rappeler.
La « guerre contre la Terreur » rallie l’extrême-droite
Doublés d’une politique intérieure qui stigmatise l’ennemi étranger et potentiellement originaire d’un « monde musulman » méconnu, certains aspects de la guerre prônée par l’administration Bush depuis 2001 se sont superposés à la doctrine xénophobe et antiarabe que portent ces militants d’extrême droite. Passés sous les drapeaux et canalisés par l’encadrement militaire, ces hommes trouvent ainsi matière à s’exprimer par les armes, sur les théâtres irakiens et afghans, dans le respect des ordres donnés. Malgré les procédures officielles de recrutement très claires à ce sujet, un candidat a peu de risque d’être recalé si une partie de son corps couverte par l’uniforme est tatouée d’une croix gammée ou d’un autre symbole nazi : pour cela, le volontaire se contente de présenter son tatouage comme un choix esthétique n’augurant pas d’un comportement préjudiciable à l’armée. En 2004 et 2005, les difficultés rencontrées par les agents recruteurs pour atteindre leurs objectifs feront encore baisser les standards d’enrôlement.
Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas de découvrir l’emblème des unités d’élite du IIIe Reich parmi des hommes censés contribuer à l’établissement d’une démocratie, en l’occurrence ceux appartenant à un bataillon, le 1er de reconnaissance, dont l’insigne est… une tête de mort, comme la Panzerdivision SS Totenkopf [« Tête de mort »], qui reprit elle-même un « logo » déjà ancien et utilisé par de multiples forces armées. Plus que le nombre de soldats issus de l’extrême droite, la dissémination de certaines idées, de fragments langagiers et d’images propres à leur idéologie interpelle. Au-delà de l’ignorance de quelques Marines ou de leur fascination pour la très surfaite réputation militaire des SS, la contradiction rhétorique et originelle de la « guerre contre la Terreur» se trouve synthétisée ici, dans une image qui semble glorifier un des symboles d’une autre terreur passée.





America über alles ?
Autre détail anodin : les berlines américaines dans leur version musclée sont souvent affublées du sigle SS pour Supersport (équivalent de nos RS, GT ou GTI) sans que cela n’émeuve personne.
Imaginons une Golf SS…
Ach ! Le SS des Camaro veut dire Super Sport. A ma connaissance, le logo apposé sur les calandres n’a jamais repris le lettrage « SS » à la Kiss. Il est vrai qu’une Volkswagen SS ferait un peu peur.
évidemment, le lettrage diffère.